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24/01/2014

Alfred Courmes et Eduardo Arroyo, un ange bienveillant ! Publication n°11

 

Cet article  est le premier d'une série qui viendra rythmer les publications sur les œuvres de Courmes. Cette série brossera les "portraits" d'amis, de collectionneurs ou d'amateurs du travail d'Alfred Courmes.

 

Pourquoi un article sur Eduardo Arroyo ?

 

Arroyo

 

Eduardo Arroyo est un peintre espagnol né en 1937. Il est aussi essayiste, bibliophile, décorateur de théâtre... Il a fui le régime de Franco et s'est installé à Paris en 1958. Il devient dans les années 64-65 un des membres essentiels de la Figuration narrative, mouvement artistique très politisé (voir plus bas). Il découvre la peinture d'Alfred CourmesArroyo_Par.jpg dans les années 60. Avec ses pairs, Gilles Aillaud entre autres, ils le reconnaissent comme un des leurs, pour son indépendance et son engagement à ne pas suivre les modes. En 1983, Courmes expose à la galerie Berggruen  une série de dessins illustrant des romans feuilletons publiés dans le journal Détective. Eduardo Arroyo écrit un article sur cette exposition dans la revue "Noir et Blanc" (voir plus bas). Antoine Mendiharat, alors propriétaire de cette galerie, demandera plus tard à Arroyo de faire la demande de la Légion d'honneur pour Courmes, auprès  du  ministre de la Culture, Jack Lang. Elle sera remise en 1991 par le ministre à la galerie (voir article).

 

 

 "Parmi les peintres", 1975, collage de papier de verre (117 x 94 cm)

 

 

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Eduardo Arroyo porte aujourd'hui un ambitieux projet d'exposition à Madrid pour 2015, auquel il a souhaité associer des peintres français dont Alfred Courmes (voir plus bas).

Quarante ans séparent ces deux artistes, presque deux générations ! Mais Edurdo Arroyo a toujours suivi avec une grande bienveillance le travail d'Alfred Courmes.

 

 

 

Euro-Crise", 2009, Collage de papier de verre (61 x 50 cm) 

 

Eduardo Arroyo a bien voulu écrire un texte sur Alfred Courmes en vue de cette publication et je l'en remercie chaleureusement.

 

eduardo_arroyo.jpg"Plus le temps passe, plus l’œuvre d’Alfred Courmes s’affirme avec force dans le paysage difficile de l’art. Aujourd’hui, l’intérêt croissant que suscite son œuvre met en pleine lumière ce peintre qui a vécu sa peinture presque clandestinement.

Je ne pense pas qu’il faudrait situer Courmes comme un précurseur du Pop Art; ce serait, selon moi, rendre un très mauvais service au peintre que nous admirons depuis toujours.

En revanche, je peux affirmer qu’avec un certain nombre de membres de la Figuration Narrative nous l’avons admiré et suivi. Très tôt, nous l’avons considéré comme l’un des nôtres pour son indépendance, sa volonté farouche de ne pas se soumettre -de quelque façon que ce soit- aux normes du moment. Nous l’avons admiré, lui et un petit nombre d’artistes de l’entre-deux guerres, parce qu’il affirmait aussi son goût pour la peinture et proclamait la négation des soi-disant avant-gardes qui ont régné pratiquement depuis le début du XX ème siècle jusqu’à aujourd’hui.

Je n’ai pas oublié le choc que j’ai ressenti au Salon de Mai, il y a cinquante ans déjà, aux côtés de Gilles Aillaud alors que nous découvrions ensemble et au même moment ce  tableau qu’un peintre osait titrer: "Non, non… et non, elle ne tolérera jamais qu’il fasse  l’aéroplane". Dès cet instant, nous nous sommes passionnés pour son travail et jamais nous n’avons été déçus.

En me remémorant cette période, il me semble avoir vu pour la première fois un tableau de Courmes un peu avant cette anecdote du Salon: il s’agissait de "45 % B.A." Syndicat de la bonne peinture réaliste.

arroyo courmes.jpgIl va sans dire que je suivais avec intérêt ses rares manifestations publiques et je crois n’avoir manqué aucune de ses expositions à la galerie Briance, aux numéros 23-25 de la rue Guénégaud. Ne pouvant acquérir d’œuvres à l’huile j’ai dû me contenter d’acheter à différentes reprises trois lavis exceptionnels que j’ai perdus dans les batailles de la vie, comme cela arrive avec les objets que l’on aime par-dessus tout.

Notre consolation, pour ceux qui comme moi croyons encore à certaines notions d’indépendance et qui ne nous laissons pas malmener par les modes et le prêt-à-porter de saison, c’est que nous savons très bien que, paradoxalement, lorsqu’un peintre de l’ampleur de Courmes meurt, une renaissance lente et inéluctable s’installe autour de son œuvre."

Eduardo Arroyo, octobre 2013.

     

 "Alfred Courmes", 1989, Eduardo Arroyo ©

 

 

 

L'exposition de dessins de Courmes à la galerie Berggruen (1988):

 

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..."Il faudrait bénir l'art Director de Détective 1964 d'avoir sollicité Courmes pour nous faire revivre par ses dessins extraordinaires de justesse et de précision "la Nuit folle chez les Indiens" ou "Le fantôme de l'opéra de Manaos", aventures vécues par Birgit, la prisonnière blanche, et Hans le héros promis au sacrifice. Cette collection de dessins heureusement rescapés de l'Enfer, détachée, libérée de ce contexte répugnant, sortie aujourd'hui à la lumière, fait état du génie et de l'engagement d'Alfred Courmes."... Extrait  de l'article écrit par Eduardo Arroyo pour la revue "Noir et Blanc", Paris octobre 1987 à l'occasion de l'exposition des dessins de Courmes publiés dans Détective à la galerie Berggruen. (lire l'article complet)

  

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 "L'enfer de l'Amazonie", 1964.

"La recherche du Dieu Blanc", 1964. 

 

Un article du blog sera consacré à l'ensemble de ces dessins.

 

Le projet d'exposition à la Casa Del Lector à Madrid, septembre 2015:

 

L’exposition La oficina de San Jerónimo se tiendra du 20 septembre 2015 au 31 juillet 2016 à la Casa del Lector, Matadero de Madrid. Ce centre culturel situé dans le vaste ensemble des Abattoirs de la capitale espagnole y occupe une surface totale de 8.000 m2. Il fait partie d’une fondation créée par l’éditeur espagnol Germán Sánchez Ruipérez. Casa del Lector est dirigée par l’écrivain et ancien ministre César Antonio Molina.

           

L’exposition est constituée de sept chapitres:

Saint Jérôme. Des musées français et espagnols prêtent des portraits du moine dans le désert.

Une passion dans le désert. La Maison de Balzac collabore à cette salle.

Stylite et orateurs réunit des photographies en noir et blanc, une toile, un film.

4 Trois peintres espagnols contemporains: Sergio Sanz, Carlos García-Alix, Rafael Cidoncha.

5 Quatre peintre français: Alfred Courmes, Clovis Trouille Jules Lefranc Pierre Roy.

6 Projection du film Le portrait de Dorian Gray d'Albert Lewin avec George Sanders, noir et blanc, 1945

 

7 Livres et calligraphies impossibles.

 

 

 Un article sera bientôt consacré à Clovis Trouille. 

 

 

En savoir plus:

 

Biographie d'Eduardo Arroyo par Fabienne Di Rocco, cocommissaire de l'exposition de Madrid:

Né à Madrid en 1937, il fuit l’Espagne franquiste, et s’installe à Paris, en 1958. Eduardo Arroyo participe en 1964 et 1965 aux expositions autour des nouvelles figurations organisées par Gérald Gassiot-Talabot (Mythologies quotidiennes, La Figuration narrative dans l’Art contemporain) et en peu de temps devient, en France, l’un des protagonistes essentiels de l’avant-garde figurative à fort contenu politique (Pont d’Arcole (1967) ; Sama de Langreo (Asturias) settembre 1963, il minatore Silvino Zapico viene arrestato dalla polizia (1968)).

Son œuvre présente des périodes militantes, ou en tout cas violemment critiques, et des périodes familières, volontiers tendrement humoristiques. Le rôle du peintre dans la société et la situation de l’intellectuel exilé ont été des thèmes générateurs d’œuvres d’une grande richesse narrative.

 

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"Deux Mille", 1987, lithographie (66 x 100 cm)

 

téléchargement (1).jpgLe retour de l’Espagne à la démocratie a désamorcé la dimension contestataire et accusatrice du propos pictural d’Arroyo et a marqué une évolution dans sa perception du rôle de la peinture.

Il redécouvre l’Espagne, presque en amoureux, tendrement sensible aux «clichés» de l’espagnolade, ainsi dans Madrid-Paris-Madrid, villes axe de son existence, il plante le décor de l’arène, en rouge et jaune.

 

"Waldorf Astoria", 2000, lithographie (50 x 64 cm)

 

 

téléchargement (2).jpgPuis arrive Carmen Amaya, danseuse de flamenco célèbre dans les années quarante, paradoxalement aussi omniprésente qu’invisible dans la série Waldorf Astoria. Débauche de tissus à pois, d’élégance hautaine, de mouvements passionnés.

Si la thématique du travail d’Arroyo s’est trouvée bouleversée, la syntaxe de sa formulation est restée inchangée, toujours basée sur le collage : «C’est justement cet aspect sériel, fragmentaire, morcelé, ces différences stylistiques, ces mélanges… toute cette incohérence, qui font la cohérence de mon œuvre.»

 

"Waldorf Astoria", 1995, technique mixte sur papier (99 x 70 cm)

 

 

Ce magicien de l’image s’est composé un vocabulaire et une syntaxe du langage pictural fondés sur une peinture littéraire et autobiographique, articulée en séries, où rivalisent l’auto-ironie et le tragi-comique.

 

Vous pourrez trouver d'autres d'informations sur le site de la galerie Louis Carré et Cie.

 

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Le dernier livre d'Eduardo Arroyo,

"Minutes d'un testament"

paru en 2010 chez Grasset.

 

 

La Figuration narrative:

Il s'agit d'un courant d'expression qui restreint initialement le champ de la nouvelle figuration en considérant comme narrative toute œuvre qui se réfère à une représentation figurée et qui veut généralement redonner à la peinture une fonction politique et critique de la société de consommation. Ce mouvement né vers 1965 disparaît vers 1972. Très politisé à gauche et à l'extrême gauche, il s'oppose au pop art américain jugé trop formel, indifférent aux luttes politiques et pas assez critique vis à vis de la socièté de consommation. 

De nombreux artistes se rattachent à ce mouvement : Eduardo Arroyo, Gilles Aillaud, Bernard Rancillac, Peter Saul, Valério Adami, Gérard Fromanger, Henri Cueco, Erró...

Documentation du Centre Georges Pompidou

Texte de la médiathèque François Miterrand de Poitiers La Figuration narrative

 

 

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